jean, le 04 février 2011 - 10:55, dit :
Tu interprètes ce que j'ai écrit pour faire de moi un colonel. Mais ce n'est pas vrai je ne suis pas comme ça, je passe du temps à écouter, à comprendre, à trouver les bonnes questions, etc.
Je ne sais pas comment je dois le prendre...
je n'ai volontairement désigné personne pour laisser le soin à chacun de reconnaître ou non chez lui les pratiques que je dénonce et que je continuerai à dénoncer, car fondées sur des arguments qui ne tiennent pas.
Citation
Se faire obéir ne signifie pas forcément brimer, oppresser ou humilier. Par exemple vis à vis d'un groupe d'enfants, un adulte peut acquérir un statut d'autorité par ses actions. Par les conflits qu'il a résolu, parce qu'il protège les enfants... et parfois par son expertise (dans le langage et l'art de s'adresser à un groupe, et dans d'autres disciplines... classiques dans notre métier comme les sports, arts...)
Le fait que les parents reconnaissent l'animateur est important également.
rien que la formulation que tu emplois ("se faire obéir") laisse transparaître la notion de pouvoir de l'adulte, pouvoir qui ne repose encore une fois que sur sa supériorité physique ou sa légitimité donnée par les parents ou les profs... Or l'autorité repose également sur d'autres choses que tu cites à juste titre pourtant : la maîtrise d'une compétence (en l'occurrence celle d'animer) par exemple...
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La dignité de l'animateur, et la confiance qu'on lui accorde, on devrait en parler quelque fois. Parce que quand le statut d'autorité de l'animateur n'est pas issu de sa dignité, il peut avoir besoin de s'imposer par la force, avec toutes les dérives que cela entraine comme la maltraitance.
Qu'appelles-tu "dignité de l'animateur" ? Est-ce se faire respecter par son statut d'être humain ou bien par son statut particulier d'animateur, d'adulte ? Si c'est la deuxième solution, alors on est déjà dans une forme de maltraitance, car user de sa position sociale, hiérarchique ou physique pour imposer quelque chose à quelqu'un contre sa volonté n'est pas autorisé par la loi.
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Hum... mouais ils peuvent comprendre mais... faut rien exagérer. Ils comprennent peut-être quand un adulte les met face à eux-mêmes, mais les enfants de 6 ans se laissent encore beaucoup guider par leurs pulsions, leurs sentiments, leur émotivité. Et l'autonomie passe par une étape de raisonnement, de logique. En psy ils doivent dire que c'est quand le côté rationnel de la personnalité arrive à maîtriser les pulsions.
je ne sais pas quel courant de la psychologie ose encore dire cela en 2011. Tu as des auteurs ?
Non, il ne s'agit pas de logique, mais de son pendant psychique : l'analogie. L'être humain fait des liens pour appréhender son environnement et tenter d'en comprendre les tenants et les aboutissants. Les véritables sciences sont fondées sur l'analogie et non la logique. Quand on lit la vie d'Einstein par exemple, on comprend cette subtilité (cf. "Comment je vois le monde" d'Albert Einstein). Quelqu'un comme Hubert Reeves s'inscrit dans le même genre de pensée analogique. Mais bon, ce n'est pas le souci ici.
A 6 ans, ils ne se laissent pas guider par leurs pulsions, ils sont totalement sous le contrôle de leurs pulsions. Mais même nous, adultes. Un adulte qui réfrène ses pulsions de manière rationnelle et uniquement rationnelle est un être froid, décharné, sans consistance, une machine presque ! D'ailleurs, c'est tellement vrai que ce n'est pas possible dans l'absolu !
Par contre, l'acquisition de l'autonomie passe forcément par des étapes de réflexion, d'introspection, de prise de recul sur ses comportements et ses interactions avec le monde extérieur (longtemps inconscientes, ces étapes se conscientisent en grandissant). Pour ne pas parler dans le vent, ce que j'explique est inspiré en grande partie par les travaux de Paul Diel, psychologue-philosophe du siècle dernier.
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Mais c'est utopique...
Des enfants dans une cour de récré, c'est une vraie jungle, c'est lord of the flies. Sans les adultes, au bout de 30 minutes il y a une chance sur deux d'avoir un blessé.
dans un système construit à partir de cette vision que l'enfant a besoin de l'adulte pour se réguler, oui. Mais c'est loin, loin loin d'être ma vision à moi !
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D'où l'adulte tire-t-il son statut d'autorité? J'ai écrit à ce sujet plus haut. Il n'y a pas que le côté "chef" à voir, il y a le côté protection...
Le vivre ensemble, il n'y a pas que ça, tout n'est pas lié au groupe non plus. Il y a des comportements individuels qui sont dangereux. Par exemple le cas que je citais à la page précédente des enfants qui bousculent tout le monde lors d'un déplacement au bord de la route.
ce n'est pas de l'ordre du vivre ensemble ton exemple ? Là faut m'expliquer !
Quant à justifier l'autoritarisme de l'adulte (et non autorité) par son rôle protecteur, c'est la pire des justifications, mais aussi la plus courante. Mais c'est très humain de vouloir justifier l'injustifiable, ça évite de prendre le recul nécessaire pour se rendre compte de ses erreurs... (mais ne t'inquiète pas, je suis aussi humain, je fonctionne pareil, et parfois j'ai besoin de bonnes claques pour m'en rendre compte).
Tu dis que l'adulte a un côté "chef" pour assurer la protection des enfants. Bon, admettons qu'à court terme, cela soit vrai (ce dont je ne suis pas convaincu non plus). Ce fonctionnement est critiquable par principe puisqu'il nie totalement l'éducabilité des enfants. C'est en gros considérer que "les enfants ne sont pas capables, donc on fait pour eux". C'est vrai ou pas ? Mais je suis d'accord, c'est bien plus facile de raisonner comme ça, sauf qu'à long terme, on ne s'économise pas. Je tire un peu les traits car j'imagine bien que lorsque tu stoppes une situation dangereuse ou conflictuelle non résolue, tu expliques aux gamins en cause 2 ou 3 choses sur le respect de l'autre, etc...
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Chez des enfants, même équilibrés, lorsque le groupe "rappelle une règle" parfois c'est le lynchage, au sens propre = passage à tabac, coups de pieds, insultes, coups de poings, etc. Et bien souvent quand c'est un groupe d'enfants qui fait un arbitrage sur un conflit, c'est exclusion immédiate sans aucune tentative de conciliation.
c'est là que l'adulte peut aider l'enfant. Pas avant. C'est à ce moment là que s'effectue tout le travail éducatif, en reprenant la situation et en aidant les enfants à décrypter ce qu'ils n'avaient pas vu (par exemple, l'injustice de leur décision), en questionnant les enfants, en les renvoyants à leurs valeurs, et non pas en imposant les nôtres parce qu'on est adulte et qu'on sait mieux qu'eux !
A ce sujet, il faut regarder les vidéos de Louis Espinassous que je n'ai pas le temps de chercher tout de suite (sur dailymotion je pense), très instructif !
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Alors personnellement le mythe selon lequel si on laissait les enfants sans adulte recréer un monde parfait je n'y crois plus trop. Lorsque dans des groupes j'ai observé l'émergence "spontanée" (cad sans intervention d'adulte) d'un enfant ayant un statut d'autorité, le plus souvent c'est parce qu'il était craint, brutal et menaçant. J'ai aussi vu des cas d'enfants régulateurs, je ne dirais pas qu'ils avaient un statut d'autorité... quoique leur présence simple permettait d'apaiser l'ambiance et de résoudre les conflits rapidement, quelque fois en cassant les groupes. C'est à dire que l'enfant "calme" était suivi par quelques copains, dont des foufous, qui se calmaient aussi du même coup.
pour le monde parfait créé par des enfants, ce n'est pas du tout mon propos puisqu'en effet ça ne fonctionne pas (et ça a déjà été testé). Décentrer le pouvoir de décision de l'adulte, ce n'est pas l'exclure du fonctionnement du groupe, attention.
Bon, pas le temps de continuer, je reviendrai plus tard.
En tout cas, merci pour ta réponse !
Ce message a été modifié par Ludow - 04 février 2011 - 12:08.