Posté 09 janvier 2012 - 15:48
Tu as fait de la médiation!
La communication non-violente proposée par notre invité n°3 un peu plus haut est une sorte de label. Il me semble qu'elle est enseignée sous ce nom.
Je crois qu'il vaut mieux l'appeler ainsi car c'est plus clair. "communication non-violente" est un paradoxe (ou un oxymore...)
Et les animateurs à qui on a toujours appris que ce qu'on oppose à la violence, c'est le dialogue (~la communication), doivent être interpellés par cette expression. Existerait-il une communication violente? Peut-on être violent avec quelqu'un en lui parlant? Peut-on pousser quelqu'un à être violent en lui parlant?
Et qu'on se le dise franchement, c'est tellement clair que ça repousse pas mal de monde. Nombreux sont les gens qui estiment ne pas avoir de leçon à recevoir sur le sujet.
Et pourtant je trouve qu'il s'agit d'une bonne façon d'aborder le sujet. J'ai lu beaucoup de textes sur "l'autorité bienveillante". Je crois que cette expression veut déculpabiliser les adultes qui ont peur d'exercer l'autorité. Je pense aussi que cette expression oublie les gens qui abusent de leur autorité, du moins elle risque de les conforter, alors qu'elle doit en principe faire le contraire.
Tout ça pour dire qu'il ne suffit pas de dire que quelque chose est bienveillant pour qu'on comprenne comment ça marche. Il y a des gens qui pratiquent l'autorité bienveillante grâce à la médiation, à la patience, à l'humanisme et à la compréhension, et il y a des gens qui pratiquent l'autorité bienveillante grâce à la menace, à l'humiliation, aux coups et à la morale dogmatique.
Il y a plusieurs types d'autorité, je ne maîtrise pas bien le sujet et je n'ai pas envie d'écrire de bêtise. L'autorité, c'est décrire les relations d'influence entre individus. Qu'est-ce qui donne à un adulte le droit de dire à un enfant quoi faire à un moment précis?
-son travail (animateur, surveillant, enseignant... attention ça ne marche plus quand on n'est pas au travail)
-un titre (élu, médaillé, champion dans telle discipline...)
-une décision commune (lorsqu'on anime un jeu, on énonce les règles et on nomme l'arbitre. Même s'il s'agit d'un enfant, les adultes reconnaitront son autorité.)
-l'expérience (un prof d'arts martiaux, un maître nageur, un formateur en infographie...)
-etc.
Ces différents types d'autorité fonctionnent, globalement ils ne sont pas remis en cause. (on pourrait parler des gendarmes et des enseignants...)
Enfin il y a l'autorité acquise par la violence, celle des caïds de quartier, celle des dictateurs qui tirent sur la foule, et celle des enseignants qui humilient leurs élèves. Celle-là on s'y soumet mais on ne l'accepte pas, et à la première occasion on tente de la renverser. On s'y soumet car on n'a pas envie de se faire tirer dessus ou d'être humilié, on ne l'accepte pas car elle est injuste.
Quand on parle ici et là d'autorité "bienveillante", on participe à mon avis à une confusion. L'autorité est bienveillante, elle participe au bon fonctionnement de notre société.
Mais en campagne présidentielle surtout, on a des challengers qui assimilent "autorité" à "militaire", on a des ministres de l'éducation qui viennent parler d'autorité "naturelle et bienveillante", on a des micro-trottoirs (ça c'est vraiment ce qu'il y a de plus niais dans "le journalisme") de gens qui disent : "y'a plus d'autorité, il n'y a plus de morale", on a des journalistes qui font les sempiternels sujets sur "le retour de la morale à l'école" (alors qu'il y en a toujours eu) etc. Tout cela tourne autour de la question non-dite de la violence envers les enfants. Ils utilisent tous des mots choisis qui font partie de cette idée que pour que la société fonctionne bien, il faudrait être plus violent, en particulier avec les jeunes.
Le plus navrant là-dedans (en dehors des micro-trottoirs) c'est le ministre de l'éducation qui organise des travaux absolument exemplaires à l'échelle mondiale contre la violence, et qui lorsqu'il est devant un micro de campagne est aussi nauséabond que les autres sécuritaires à deux balles.
La violence sur les jeunes, c'est un vieux fantasme. Il faut regarder "le ruban blanc" de Hanecke pour comprendre de quoi il s'agit.
Pour en revenir à ce que tu disais, toutoune68, et à ce que disait invité n°3, même si la violence est le chemin le plus facile pour se faire obéir en tant qu'adulte, on ne doit pas céder. Il est bien plus intéressant au long terme d'utiliser la médiation, la compréhension (la communication non-violente?), etc. D'un maton écervelé qui gueule sur tous les mioches, on peut ainsi se transformer en un adulte reconnu par les enfants, les collègues et les parents... Ça ne change pas le monde mais ça y contribue.